Gérer les échecs,  Préparation Mentale Générale

Comment Vraiment Progresser : 4 Étapes d’Apprentissage

Vous découvrez une routine pré-compétition utilisée par un champion olympique. Une langue étrangère vous fascine alors vous commencez à l’apprendre. Vous vous mettez au défi de cuisiner des plats gourmets. Vous vous entraînez régulièrement, vous commencez à progresser. Puis vous stagner… 

Et trois semaines plus tard, vous avez abandonné ce beau projet. 

Le problème ne vient pas de vous. Il ne vient pas non plus de la technique. Il vient du fait que vous ne savez pas à quelle étape de l’apprentissage vous vous trouvez. Et surtout, vous ne savez pas ce qui vous attend à l’étape suivante.

Quand on comprend les phases que traverse notre cerveau pour intégrer une nouvelle compétence, on gagne un énorme avantage. On sait pourquoi c’est difficile. On sait quand ça va devenir plus facile. Et on sait exactement quoi faire pour ne pas décrocher abandonner comme 90% des gens. 

Dans cet article, vous allez découvrir les 4 étapes de l’apprentissage, et comment les utiliser à votre avantage à chaque fois que vous voulez progresser dans un domaine.

Qu’est-ce que les 4 étapes d’apprentissage ?

Le modèle des 4 étapes de l’apprentissage a été formalisé dans les années 1970 par Noel Burch, au sein du Gordon Training International. Il décrit les phases que traverse toute personne qui apprend une nouvelle compétence.

Ce modèle est utilisé dans différents cas de figure, que ce soit dans l’enseignement, la formation professionnelle, le coaching ou la psychologie du sport par exemple. L’intérêt principal de ce modèle est qu’il permet de savoir exactement où l’on se situe dans son parcours de progression.

Pour la majorité des apprenants, sportifs y compris, cette connaissance est précieuse. Parce que la majorité des abandons ne surviennent pas au début de tout nouvel apprentissage. Ils surviennent au milieu du processus

Comprendre ces 4 étapes, c’est se donner la lucidité nécessaire pour tenir le cap, notamment dans les périodes de doute. 

Infographie illustrant les quatre étapes de l'apprentissage : incompétence inconsciente, incompétence consciente, compétence consciente et compétence inconsciente.

Les 4 étapes d’apprentissages en détail

Pour rendre ces étapes concrètes, suivons le parcours d’une même sportive: une joueuse de handball, qui décide de mettre en place une routine de pré-compétition, c’est à dire une suite d’actions et de pensées avant chaque match, pour la mettre dans les meilleures dispositions possible pendant le match.

Étape 1 : L’incompétence inconsciente – « Je ne sais pas que je ne sais pas »

Notre joueuse de handball arrive à ses matchs sans aucune préparation mentale. Elle enfile ses chaussures, échange quelques mots avec ses coéquipières, et entre sur le terrain.

Certains matchs se passent bien. D’autres, elle se sent tendue, distraite, lente. Elle met ça sur le compte de la fatigue ou du hasard. 

‘une routine de pré-compétition pourrait l’aider à entrer en compétition dans un état mental optimal. Mais le concept lui est totalement inconnu. Elle ne sait pas que cette compétence existe. et donc, elle ne sait pas qu’il lui manque quelque chose.

C’est l’incompétence inconsciente. On ne sait pas ce qu’on ne sait pas. Et à ce moment-là, on ne peut pas progresser. puisque par définition, on ne peut pas chercher une solution à un problème si on ne sait pas que ce problème existe.

Étape 2 : L’incompétence consciente – « Je sais que je ne sais pas »

Un jour, notre joueuse lit un article sur la préparation mentale. Cet article l’interpelle parce qu’elle découvre que les athlètes de haut niveau suivent une routine précise avant chaque compétition : respiration, visualisation, mots-clés, gestes rituels, etc.

Elle réalise que ce qu’elle faisait jusqu’ici, c’est-à-dire arriver et improviser, n’était pas suffisant. Elle prend conscience qu’il lui manque une compétence.

C’est un moment inconfortable parce qu’on doit accepter le fait qu’on ne sait pas. Pour certaines personnes avec un fort ego, cette étape devient rédhibitoire dans leur progression

Quand on entre dans cette étape, on mesure la distance entre là où l’on est et là où l’on pourrait être. Mais comme toujours quand on souhaite progresser dans un domaine: c’est cette prise de conscience qui permet d’avancer.

« Le premier savoir est le savoir de mon ignorance : c’est le début de l’intelligence. » – Socrate

Pendant cette étape, notre joueuse commence à se renseigner. Elle lit des articles, regarde des vidéos sur le sujet, elle peut même échanger avec un préparateur mental. 

Étape 3 : La compétence consciente – « Je sais que je sais »

Notre joueuse a désormais sa routine. Elle commence trente minutes avant le match : 5 minutes de respiration abdominale, 3 minutes de visualisation de ses premiers gestes techniques, puis 3 mots-clés qu’elle se répète mentalement.

Elle l’applique et ça fonctionne ! Dès le début de match, elle sent une différence dans sa concentration et sa lucidité.

Mais à chaque fois, elle doit y penser. Au début, elle apporte son carnet avec elle pour relire chaque étape avant de commencer sa routine. Parfois quand elle n’a pas son carnet, elle oublie une étape. Ce n’est pas encore naturel. Ça demande un effort conscient, et c’est complètement normal. Pendant cette étape, elle doit être disciplinée pour suivre sa routine, sans cette discipline, l’habitude ne tiendra pas dans le temps. 

C’est la compétence consciente. On sait faire, on le fait, mais l’action en soi n’est pas encore automatique. C’est aussi l’étape la plus longue. Non seulement la plus longue, mais aussi la plus dangereuse. On y reviendra juste après.

Étape 4 : La compétence inconsciente – « Je fais bien sans y penser »

Quelques mois plus tard, notre joueuse n’a plus besoin de son carnet. Trente minutes avant le match, elle s’installe naturellement dans un coin calme. La respiration démarre toute seule. Les images mentales arrivent dans la foulée. Et avant de rentrer sur le terrain, elle se répète ses mots clés sous forme de mantra qui l’aide à la mettre en confiance. 

Elle ne réfléchit plus à sa routine. Elle la vit. C’est devenu un automatisme, au même titre que lacer ses chaussures ou ajuster son maillot.

C’est la compétence inconsciente. Le cerveau a créé les connexions nécessaires pour exécuter la séquence sans effort mental. C’est le stade de la maîtrise.

Ici, on se focalise sur le sport parce qu’on part du principe que le sport est la meilleure école pour apprendre à réussir dans la vie. Mais ces 4 étapes d’apprentissage fonctionnent dans d’autres cas de figures. Par exemple: 

Exemple des 4 étapes d’apprentissage pour apprendre à conduire: 

Etape 1: Quand vous êtes un bébé ou un enfant, vous ne savez pas que vous ne savez pas conduire 🙂 

Étape 2: Vous grandissez, et vous voyez que vos parents conduisent, vous êtes conscient et comprenez ce que ça signifie de conduire. Mais vous ne savez pas le faire avant vos 16 ans (minimum). 

Étape 3: Vous apprenez à conduire: chaque action demande une concentration intense (d’autant plus vrai pour les voitures manuelles)

Étape 4: Aujourd’hui, vous conduisez en écoutant de la musique, en discutant avec votre passager, sans penser à chaque coup de volant, à regarder dans les rétroviseurs, ou à changer les vitesses (pour les boites manuelles). 

L’étape 3 en profondeur : entre confiance et compétence

L’étape 3: la compétence consciente, mérite qu’on s’y attarde un peu plus. Parce que c’est toujours la plus longue, et c’est aussi la plus fastidieuse. Et malheureusement, c’est aussi celle où la plupart des personnes décrochent et abandonnent.

Pour comprendre pourquoi, il faut prendre en compte ce que les chercheurs ont appelé: l’effet Dunning-Kruger. Cet effet met en relation l’évolution entre la confiance et la compétence. Et cette courbe n’est absolument pas linéaire. Et c’est justement ça qui créent deux pièges. 

Premier piège : « la montagne de la stupidité »

Au début de l’étape 3, tout va vite. On vient de découvrir un nouvel outil. On l’applique. Et on voit des résultats immédiats. La motivation est débordante. 

Graphique de l'effet Dunning-Kruger illustrant la relation entre confiance et compétence à travers les étapes d'apprentissage (Montagne de la stupidité, Vallée de l'humilité, Plateau de la consolidation).
Graphique de l’effet Dunning-Kruger : l’évolution de la confiance en fonction de la compétence lors des étapes d’apprentissage.

Notre joueuse de handball essaie sa routine pour la première fois. Elle se sent plus concentrée. Elle joue un bon match et se dit : « Ça y est, j’ai compris le truc. »

Sa confiance monte en flèche. Mais sa compétence réelle, elle, n’a pas encore eu le temps de se consolider. Elle vient à peine de commencer à pratiquer.

C’est ce que les scientifiques qui se sont intéressés sur le sujet ont appelé « la montagne de la stupidité »: un pic où l’on surestime sa maîtrise parce que les premiers résultats sont encourageants. 

Le premier piège est donc de se laisser gagner par la sensation de maîtriser un nouveau concept, ou une nouvelle type d’action avec la vraie maîtrise, qui elle, demande du temps.

Un nageur qui découvre un exercice de visualisation avant sa course et nage un bon temps ne maîtrise pas encore la visualisation. Un footballeur qui applique une technique de respiration lors d’un entraînement réussi ne l’a pas encore ancrée dans ses automatismes.

Le risque ici est de ne plus faire les efforts nécessaires pour réellement maîtriser ce qu’on vient d’apprendre. Le fait qu’on ressente des résultats rapidement ne veut pas dire qu’on est réellement compétent. 

La constance dans la pratique est une des clés pour passer à la 4ème étape.

Deuxième piège : la vallée de l’humilité

Après ce pic initial, quelque chose se produit. Et si on n’est pas préparé, ce n’est pas agréable. La motivation initiale et la sensation de progrès rapide disparaissent…On a l’impression de stagner.

Notre joueuse applique toujours sa routine. Mais les résultats ne sont plus aussi spectaculaires qu’au départ. Certains matchs sont bons. D’autres, moins bons. Mais les premiers très bons résultats ont créé une attente. Elle s’est habituée à ce niveau de performance et l’a considéré comme la norme. Et donc, quand cette norme ne se confirme pas certains jours de match, elle commence à douter.

C’est ce qu’on appelle la vallée de l’humilité. La confiance chute alors que la compétence, elle, continue de progresser, mais de manière invisible. Le cerveau est en train de consolider les apprentissages. Les connexions neuronales se renforcent à chaque répétition. Tout se consolide. Mais ça se fait petit à petit. 

Concrètement, on n’a pas cessé de progresser. Il y a simplement un temps d’adaptation entre le moment où l’on sait faire quelque chose de manière consciente et le moment où cela devient un réflexe.

Les trois réactions possibles dans la vallée de l’humilité

J’écris cela ici parce que c’est souvent ici que la majorité des personnes abandonnent quand ils apprennent quelque chose de nouveau. Parce que le décalage entre l’effort fourni et les résultats perçus devient inconfortable voire même insupportable. On n’a l’impression de tout bien faire, mais on ne ressent pas la différence. Et donc il y a plusieurs possibilités. 

La première: On se dit que la méthode ne fonctionne plus. 

La deuxième: on se dit qu’on ne peut simplement pas y arriver. 

La troisième: On persévérance et garde la patience 

Comme le disait Jean Jacques Rousseau « La patience est amère, mais son fruit est doux »

Illustration de deux mineurs cherchant des diamants : l'un abandonne juste avant le gisement, illustrant le doute dans la vallée de l'humilité et l'importance de la persévérance.
Traverser la vallée de l’humilité : la persévérance est essentielle lorsque le doute s’installe au cours de l’apprentissage.

Le risque quand on choisit la première ou deuxième possibilité, c’est tout bonnement d’abandonner. Alors que les fondamentaux sont là. 

La bonne nouvelle, c’est que toute personne qui traverse cette vallée arrive ensuite au plateau de consolidation. Les autres reviennent à leurs anciennes habitudes, et le cycle recommence…

3 stratégies pour traverser la vallée

Si l’étape 3 est la plus critique, elle est aussi la plus maîtrisable. 

Voici trois stratégies concrètes pour ne pas abandonner dans la vallée de l’humilité.

Stratégie 1 : Garder le travail pour soi

Ce conseil est contre-intuitif. Quand on commence à apprendre quelque chose de nouveau, on a envie d’en parler. De raconter ses découvertes. De partager ses progrès.

Résistez à cette envie. Du moins au début.

Parler de ce que vous êtes en train de mettre en place (votre routine, votre technique de respiration, vos nouvelles habitudes, etc) peut freiner votre progression. Pourquoi ? Parce que le cerveau confond parfois le fait de parler d’un objectif avec le fait de l’avoir atteint. L’annonce publique crée une satisfaction prématurée qui peut réduire votre motivation à agir.

Dit autrement, faites ce que vous avez à faire pour atteindre vos objectifs. Et laissez vos résultats parler à votre place. Pas besoin d’annoncer ce que vous faites ou aller faire. 

Stratégie 2 : Être impatient dans l’action, patient dans les résultats

Voici un principe de Naval Ravikant qui peut transformer votre approche : soyez impatient avec vos actions et patient avec vos résultats.

Citation de Naval Ravikant : Impatience pour les actions, patience pour les résultats, illustrant la meilleure stratégie d'apprentissage.

Concrètement, cela signifie : appliquez votre routine à chaque entraînement, à chaque compétition, sans exception. Ne remettez jamais à demain. Soyez exigeant sur la régularité de vos actions.

En revanche, ne soyez pas exigeant sur le calendrier des résultats. Les progrès suivent rarement une ligne droite. Il y a des accélérations, des plateaux, des petits reculs. C’est normal, ça fait partie du processus.

Stratégie 3 : Faire preuve de compassion envers soi-même

Dans la vallée de l’humilité, le jugement intérieur est votre pire ennemi. « J’aurais dû y arriver. » « Je suis nul. » « Les autres progressent plus vite que moi. »

Ce sont des pensées qui sont malheureusement normales. Mais elles ne vous aident pas.

Adoptez un regard bienveillant sur votre parcours. Parlez-vous comme vous parleriez à un ami proche qui traverse une période difficile dans sa progression. Avec empathie, patience, et même amour si possible.

Évitez de juger ce que vous avez fait ou ce que vous n’avez pas fait. Concentrez-vous sur la prochaine action. Le prochain entraînement. La prochaine occasion d’appliquer ce que vous avez appris.

Parfois on peut être tellement obnubilé par la performance et le résultat, qu’on en oublie de profiter du parcours qui nous permet d’y arriver. Attention, se parler avec bienveillance ne veut pas dire accepter la situation actuelle dans laquelle vous êtes comme définitive. La bienveillance, et l’empathie envers vous-mêmes vont vous aider à vous rendre compte que vous avancer, que vous avez fait les efforts, et que le travail va payer à un moment donné. 

Savoir ou agir 

Il reste un dernier point rapide à aborder. 

Le savoir représente la moitié du chemin. Vous venez de lire cet article, vous connaissez désormais les 4 étapes de l’apprentissage. Vous savez ce qu’est la vallée de l’humilité, et vous avez 3 stratégies pour la traverser.

Mais cette connaissance ne vaut rien si vous ne passez pas à l’action.

Savoir qu’il faut mettre en place une routine pré-compétition et savoir comment le faire ne sert à rien si vous ne le faites pas. En ce qui concerne la préparation mentale, c’est exactement comme entraîner un geste technique. On a beau connaître la théorie, la seule manière de le maîtriser réellement, c’est de le pratiquer. Encore et encore.

Alors, où en êtes-vous dans votre apprentissage ?

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